Aujourd’hui je vais chialer.
Ouin.
Parce que j’ai beau aimer mon prochain, je l’aime moins quand il ne respecte pas tant les règles non écrites de la vie en couloirs de nage.
Je vais nager depuis plusieurs années. C’est le seul sport que je pratique régulièrement et dans lequel je me sens à ma place. Mes articulations tolèrent bien cette activité, je me sens dans mon élément et tout mon corps travaille. J’entre souvent dans l’eau avec un immense sourire et un soulagement incroyable de pouvoir délier mes membres et j’en ressors revigorée, planant sur un p’tit high d’endorphines.
Des fois, je bats mes propres records et je ressors de l’eau avec des étoiles dans les yeux, les joues rougies par l’effort et le mascara bien étendu dans mes cernes parce que j’oublie toujours de me démaquiller. D’autres fois, c’est plus mollo et je me félicite juste d’être allée nager. Dans tous les cas, c’est jamais une perte de temps.
Si au début de ma carrière de nageuse du dimanche, je ruschais un peu avec le dress code (devoir me montrer à moitié à poil avec un casque de rubber sur la noix ne m’enchantait nullement) aujourd’hui je m’en contreciboirise et ça fait du bien.
Note ça, belle jeunesse : plus on vieillit, plus on se sacre des affaires. C’est ce qui explique que tu peux parfois croiser grand-maman complètement flambette dans les vestiaires alors qu’elle jase à sa chum Pauline tout aussi flambette alors que le reste de la faune essaie de se camoufler l’écureuil discrètement tout en s’habillant le plus rapidement possible ou va juste dans les cabines prévues à cet effet.
Grand-maman s’en sacre et grand bien lui en fasse.
Mais à la rentrée, c’est toujours moins le fun d’aller nager.
En fait, chaque automne, c’est pareil : je me ramasse frustrée d’aller nager et ça me démotive beaucoup d’y aller. Le sport reste le même : la seule différence à l’automne, ce sont les gens qui arrivent en masse à la piscine.
Là où je vais nager, les couloirs sont accessibles à des plages précises d’une heure seulement, réparties avec beaucoup de réserve dans l’horaire. Essayer de faire fitter son sien d’horaire avec ces heures-là est parfois de la proverbiale marde. Comme je vais nager trois fois par semaine, c’est pas toujours de la tarte.
J’essaie d’y aller dans les plages horaires qui me semblent les moins compatibles avec l’horaire des autres, mais c’est toujours un peu une loterie. Vais-je être seule dans mon couloir (le rêve)? Serons-nous deux (pas pire)? Trois (tolérable)? Quatre (ark)? HUIT (ARK)? Je le sais jamais.
Dans tous les cas, voici sept petits principes que j’aimerais partager à ceux et celles qui ont commencé ce sport récemment ou qui envisagent de le faire prochainement.
Numéro 1 : Pisse pas dans l’eau
Je pars fort. Mais cette session-ci, c’est arrivé DEUX FOIS que je me retrouve en nageant près de quelqu’un qui niaisait au bout du couloir et que j’ai senti cette chaude sensation de pisse entre nous deux. Come on là, tu as pu huit ans. Sors de l’eau, va soulager ta vessie et reviens. J’peux pas croire que je te demande ça.
Numéro 2 : Nage
Tu as réservé ta place dans un couloir de nage : c’est super! Maintenant que tu es dans l’eau, NAGE CIBOLE! Elles sont nombreuses les personnes qui viennent juste faire 2-3 longueurs puis se prélassent au bord en papotant. Comme le mur est important pour nous donner une poussée de départ, ce serait le fun d’y avoir accès sans avoir à demander que tu te tasses chaque fois.
Même si c’est très divertissant sociologiquement de regarder les filles qui sont là juste pour se faire remarquer des garçons qui nagent dans le couloir voisin (le cégep, c’est très hormonal et c’est beau de même) ça reste quand même complètement chiant pour les autres qui veulent juste, tsé, nager.
Numéro 3 : Tais-toi
La nage en couloir est un sport solitaire et c’est ce qui en fait le plus exquis des exercices (À MON HUMBLE AVIS D’INTROVERTIE). Rien de plus désagréable que de constater que la personne accostée au mur t’attend fébrilement pour te raconter une tranche de vie non sollicitée. J’veux pas jaser, Lucette, j’veux nager.
Numéro 4 : Courtoisise-toi
Fais attention à tes camarades de nage. C’est pas l’endroit pour les gros splashs de jambes ou des affaires de même. On est tous en promiscuité : tu n’es pas dans ta piscine hors-terre avec tes chums de brosse un samedi après-midi d’été. Moi aussi je serais curieuse de caller un tourbillon dans la grosse piscine carrée pour voir ce que ça fait, mais ce sera pas possible aujourd’hui.
Numéro 5 : Choisis le bon couloir de nage
Si c’est écrit LENT sur le panneau devant le couloir, figure-toi que les personnes dedans nageront lentement.
Si c’est écrit MOYEN, estime qu’elles vont aller un peu plus vite que celles du couloir lent, mais sans nécessairement être des torpilles.
Si c’est écrit RAPIDE, va pas te sacrer là si tu nages en tit-chien. Si tu sais faire la nage papillon pis te revirer avec grâce sous l’eau comme les athlètes olympiques pis repartir en dauphin, soupire pas dans l’oreille de la personne en avant si t’es dans le couloir MOYEN pis que ça va pas assez vite pour toi. CHANGE DE COULOIR.
Rien de plus désagréable que d’être à sa bonne vitesse, dans le bon couloir, et d’être soit avec Michael Phelps qui te colle aux basques, soit derrière Jasmin qui se pensait ben hot, mais qui avait vraiment plus sa place dans le couloir LENT s’il mettait son orgueil de côté *SOUPIR*
Respecte les panneaux pour l’amoooour!
Numéro 6 : Ne bloque pas le couloir
Bon, tu as décidé de venir nager avec ta chum Nadia. C’est vraiment l’fun. Mais nager face à face ou côte à côte en jasant, prendre tout le couloir ou stopper à mi-parcours, c’est NON. C’est un couloir de nage, pas un couloir de jase.
Nagez par en avant! On est une gang derrière vous à essayer de faire ça. Sachez qu’il existe aussi des plages horaires en nage libre qui vous permettent justement de papoter sans décourager personne. INFORMEZ-VOUS.
Bonus : Message aux sauveteurs et sauveteuses
On le sait que votre job est longue et plate pis qu’il se passe jamais rien. Mais ce n’est pas une raison pour enlever les séparateurs de couloir 5 minutes avant la fin de l’heure parce que vous avez hâte de sacrer votre camp et souhaitez encourager les dernières personnes à sortir de l’eau.
S’il reste 5 minutes, il reste 5 minutes. Des fois, je suis justement à 5 minutes de réussir mon objectif personnel du jour. Je vais donc nager les 5 dernières minutes de ma toute petite heure réservée, même si vous en avez plein le cul. Mais ça va me gosser hautement de savoir que je vous gosse. Ça va, par la bande, aussi vous gosser hautement que je sorte pas. Tout le monde sera gossé. Attendez la vraie fin de l’activité VIARGE. On vous paye pour ça!
Maintenant que tout ça est dit, je te souhaite bonne nage… dans le respect des autres. Et rappelle-toi que ce sport convient à tout le monde, peu importe son niveau, sa shape de corps ou son âge. Grand-maman flambette des vestiaires a donc autant sa place là que le prochain médaillé olympique du Canada. L’important, c’est juste de respecter quelques principes de base.
Bisou xx
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