1 sept. 2026Tranche de vie

Une mariée taille plus

Par Hani Ferland

Hani Ferland est la poule pondeuse de nos p’tits statuts sur les réseaux sociaux. C’est... Lire la bio

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Une mariée taille plus

Alors j’ai dit oui.

Ça s’est passé un banal jeudi soir. J’étais en mou et en laid (lire en très mou et en très laid si je peux me permettre) sur le sofa en train de faire des bulles avec ma salive quand le gars avec qui j’habitais pas encore (mais qui avait déjà un double de mes clés en plus d’avoir déjà en main les CLÉS DE MON CŒUR) est déboulé de chez moi sapé en prince.

D’emblée ma bouche a dit de quoi comme : Ben voyons? T’en vas-tsu à des noces? Chose qu’il a confirmée en disant de quoi comme : Ben oui, les nôtres!

Après il a sorti une bague sertie d’un saphir bleu comme tes yeux de sa poche et m’a demandé si j’avais envie de vieillir à ses côtés.Et c’est là que je me suis étouffée ben raide avec mes bulles de bave.

LOL

Quelle drôle d’idée!

Mais il était sérieux.

Ainsi donc j’ai écouté mon cœur magané par des années troubles et il avait envie de dire oui. Oui, viscéralement, oui. Malgré les peurs, malgré les cicatrices.

Alors j’ai dit oui.

On a popé le champagne que mon désormais fiancé avait de caché dans son autre poche et on a ri.

Beaucoup.

On a ri avec l’amour.

On a ri de s’être rendus là dans nos vies.

C’était beau, c’était doux.

On s’est frenché en riant.

Après. Ehlala, après. Après a commencé le festival des recherches de patentes de mariés pour organiser ce grandiose événement qu’on avait prévu pour le 10 octobre de l’année suivante.

Parce que le 10 du 10, c’est swell, ça se retient bien. Parce qu’on adore l’automne. Pis aussi parce que c’est le nom du blogue anti-grossophobie de Gabrielle-Lisa Collard (ce serait sa date de fête!) et que ce blogue est important pour la société.

Moi qui n’avais absolument jamais pensé me marier un jour, je suis devenue cette mariée en devenir qui voulait que tout soit mémorable, à commencer par ma robe. Parce que oui, un mariage, c’est la fête de l’amour : c’est une union qui sera scellée devant tout le monde, mais on se le cachera pas… c’est surtout la fête d’une fille qui a envie de se la péter d’être une princesse pis de se flasher la beauté ce jour-là (ENTSUCAS MOÉ).

Premier constat : des mariées plus size, c’est pas tant représenté dans la vente du rêve de l’amour pour toujours.

Toutes les mariées sur Internet et les sites d’inspiration de type Pinterest sont d’emblée minces et jeunes. N’importe quelle robe les transforme en déesse nuptiale. Ça gosse quand t’es pas ça pantoute.

Fallait que je me mette en tête que j’avais le droit d’être grosse, loin d’une prime jeunesse ET JOLIE à mon propre mariage. Je te confirme que j’ai dû me parler dans le cass une couple de fois pareil.

Deuxième constat : des robes de mariée, c’est cher en calvaire.

Bien sûr que je pouvais me marier en robe très simple (et très cheap) achetée genre su Shein, mais j’étais dans l’optique Je me marie juste une fois. Quelqu’un que j’aime de toute mon âme m’aime assez pour me demander en mariage alors que j’approche la cinquantaine. J’ai envie de vivre ça, le trip de robe de princesse, de VRAIE robe de princesse je veux dire.

Surtout que j’ai toujours VRAIMENT trippé sur la tulle et les froufrous. Depuis mon plus jeune âge, je limite fétichise tout ce qui s’appelle crinoline, chiffon, voile, dentelles, tutus et tutti quanti de la ballerine effeuilleuse (je me comprends). S’il y avait une occasion de me la jouer épaisseur de tulle à l’infini, c’était ben au jour de mes noces viarge!

Mon absolue robe de rêve était faite en Australie. Et on me promettait, en plus, une taille à ma mesure dans ce modèle. Jamais mes yeux n’avaient vu pareille merveille pour dire oui à quelqu’un.

3000 piastres de froufrous que c’était.

Ben beau être une princesse, mais mon royaume n’est pas assez richissime pour se permettre une telle folie. Je m’étais mise une limite de 750 $. Oui c’est indécent. Mais dans le monde de la robe de mariée, pas de joke, c’est genre du bas de gamme à ce prix-là.

Parmi tous les sites où j’ai fouiné, c’est Azazie qui ressortait toujours vainqueur dans le choix des modèles (très grand choix de!) avec des tailles allant jusqu’à 30 et avec toute une gamme de prix allant de 250 $ à l’infini. Pas mal!

En plus, je veux pas faire de pub gratis, mais Azazie organise parfois des pop-ups dans différentes villes canadiennes (dont Montréal) pour de l’essai ou juste pour découvrir la marque. Un plus, assurément.

J’ai jeté mon dévolu sur un modèle étonnamment simple, dans la fourchette maximale du prix que je m’étais fixé, qui me semblait néanmoins plein de promesses en plus de s’amalgamer à ma personnalité et au style de cérémonie qui me parlait : c’est-à-dire mariage à Vegas avec un prêtre Elvis et une grosse calisse de boule disco. Bref, comme tout le monde, je pense.

Troisième constat : acheter en ligne, c’est chiennant.

J’ai acheté chez Azazie parce que je savais pertinemment que, peu importe la porte de la boutique nuptiale que je pousserais pour essayer de quoi (du moins dans la région sherbrookoise), je me buterais à des regards en coin et à des phrases de type «on n’a pas votre taille en présentoir» et j’avais pas envie de vivre ça.

Bien sûr que j’aurais voulu de cette clichée journée d’essai de robes avec ma mère qui braille de me regarder sur le petit podium en train de virevolter dans une robe qui me plaisait.

Mais on dirait que systématiquement, je me suis dit que j’étais pas dans les élues pour ça vu l’imagerie qu’on se fait des mariées qui se doivent d’être sveltes et délicates.

Si jamais vous pouvez démentir qu’il existe bel et bien des boutiques nuptiales inclusives dans la région, je suis tout ouïe pour propager la bonne nouvelle aux futures mariées taille plus du boute.

Donc j’ai pris mes mesures et j’ai finalement arrêté mon choix sur cette robe en taille 24. Et heureusement que j’ai pris mes mesures parce que je figurais être une taille 20 (ce que j’allais commander sans mesurer rien), mais finalement, c’était du 24 que je devais prendre.

Comme les robes sont faites selon les commandes, vaut mieux ne pas se tromper hein… sinon c’est un autre deux mois d’attente pour recevoir la bonne taille. J’ai lu quelque part sur Reddit que c’était genre une norme que les robes de mariée soient deux tailles plus petites que ce que l’on porte habituellement. Tenez-vous-le pour dit I guess?

Après j’ai croisé mes doigts pour que toute soit CORRECT.

Constat numéro quatre : il y aura des retouches à faire.

Quand la robe est arrivée, le livreur avait laissé la boîte dehors à la porte de l’immeuble où j’habite alors qu’un crachin paresseux recouvrait la ville. La boîte était cabossée et mouillée. Ça m’a fait de la peine de savoir que ma robe de princesse passait par là. J’aurais voulu qu’on transporte le paquet limite avec des gants de satin ou je sais pas quoi. Les livreurs sont parfois des gens aigris (ou pressés et sous-payés).

Quand j’ai ouvert la boîte, il s’est passé de quoi. Y’a comme une tite larme qui s’est échappée de mes yeux. C’était la plus belle robe que j’avais jamais vue. Neuf épaisseurs de froufrous qu’elle avait. Dans des teintes rosées et crème et heureusement pas du tout dans la pureté de la blancheur trop blanche d’un blanc qui te crame une rétine en quatre secondes.

Aucune idée comment je réussirais à aller aux toilettes avec une auréole pareille. Mais je m’en foutais. J’avais dans la face une BEAUTÉ, une ŒUVRE D’ART. Qui valait amplement toute l’argent que j’avais garroché pour l’avoir.

J’ai prié fort fort le bébé Jésus pour qu’elle me fasse.

Presque miraculeusement, elle m’allait. Sauf pour une chose : le buste.

On pense d’emblée que les grosses femmes sont munies de grosses poitrines, mais HEILLE m’en vas te le dire : not all GROSSES FEMMES. Ma poitrine n’a rien à voir avec ce que la grandeur du buste de la robe voulait qu’elle soit.

Donc ma robe a cette échancrure parfaite pour une poitrine proéminente, mais qui ne ferait certes pas l’affaire pour une poitrine plus menue.

En plus, mes seins se sacrent vraiment l’un de l’autre. Ils vivent leur vie indépendamment. Ça fait des décolletés ben plates je t’en passe un papier quand tu souhaites être bubbly de la fourche de poitrine, mais «Gard : let les seins be.»

Fait que de un : je devais vraiment faire retoucher ma robe pour ça. De deux : pas question que je mette un soutien-gorge qui apparaîtrait sur toutes les photos. Le salut était donc dans le drapage de boules et dans le soutif collant weird en silicone qui marche pas pantoute.

J’allais devoir apprendre l’art de me strapper les petites boules. Mais ça, c’est personnel.

Conclusion

Si tu es une mariée taille plus, sache qu’il existe vraiment de chouettes boutiques en ligne. Mais prends-toi d’avance parce que le temps de confection est non négligeable.

Si tu es une mariée taille plus, tu es une mariée POINT. C’est pas parce que tu n’es pas représentée dans l’univers nuptial que tu n’es pas valide.

N’importe qui a le droit d’aimer, d’être aimé et de se marier. C’est pas une affaire de shape l’affaire qu’on appelle l’amour.

Peu importe le choix de ta robe (ou de tes pantalons, on s’en calisse), l’important c’est que TOI tu te sentes bien durant cette journée importante de ta vie. Si la personne qui te marie le fait, elle s’en sacre probablement de ce que tu porteras. Elle te marie pour ton être, pas pour ce que tu auras l’air dans tes habits de noces.

Enfin, si tu es game et que tu es une mariée taille plus, n’hésite pas à spreader ton bonheur partout pour envoyer le message que le mariage, c’est pour tout le monde, pas juste pour un type de corps en particulier.

Et longue vie à l’amour!

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