4 mars 2026Tranche de vie

Une histoire de grossophobie pascale

Par Hani Ferland

Hani Ferland est la poule pondeuse de nos p’tits statuts sur les réseaux sociaux. C’est... Lire la bio

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J’ai un ami gaulois.

Un ami grand d’même que je dois me démancher le cou pour le regarder dans les yeux quand on se parle de proche. Un ami aux paluches en pattes d’ours qui ne serre pas les mains quand il se présente, mais qui les gobe plutôt toutes entières en les broyant semi.

Un roc.

Une montagne.

Un monument.

Un ami de type plus size que c’est certain que tu le veux dans ton équipe quand l’attaque de zombies arrivera parce qu’il pourra tous nous sauver sans même paraître vulnérable une maudite minute.

Un ami Obélix.

Un ami comique au cœur grand d’même.

Qui joue les tough parce que c’est ce qu’on attend de lui dans la société, j’imagine, mais qui, comme tout le monde, est aussi fait de doutes et de vulnérabilité.

Mon ami marche beaucoup avec son grand chien aux yeux fuyants qui demande une attention particulière à cause d’un traumatisme de son ancienne vie.

Il fait du rameur tous les soirs (mon ami, pas le chien) pour se garder en shape en prévision de cette susmentionnée attaque de zombies qui finira bien par nous arriver dessus tôt ou tard (on sait jamais, qu’il dit en riant).

C’est aussi un mastermind des jeux de table qui demandent de la stratégie pour achever l’ennemi imaginaire.

Mon ami pourrait être déménageur de pianos.

Champion au lancer de la souche.

Monteur de madriers.

Poseur de comptoirs en marbre.

Au lieu de tout ça, il travaille dans un bureau parce que ses forces à lui, c’est les communications et son bagage en politique.

Dans son milieu de travail, rares sont ses collègues qui partagent son humour et ses intérêts personnels. Il joue le jeu du gars sympathique, même si les Suzanne et les Jean-Louis qui forment son équipe sont parfois aussi plates et gris qu’un jour de pluie et que ses shifts à les côtoyer sont souvent longs.

Mais une fois, ça a été l’fun au bureau.

Parce que cette journée-là, une collègue smatte avait amené des cocos de chocolat pour Pâques. QUELLE DÉBANDADE DANS LES CUBICULES GRIS!

Mon ami, comme tous les autres, a reçu sa part de l’offrande pascale.

Et c’est là que vicieusement, une Suzanne l’a piqué :

«Tu ne vas pas les manger, hein?» qu’elle lui a sournoisement demandé.

Confus, mon ami a répondu qu’il allait bien évidemment le faire. Parce que pourquoi pas?

La Suzanne en question a fait une face de jugement en visant le ventre de mon ami de ses grands yeux et a continué sa trotte jusqu’à son bureau sans rien rajouter.

Le gaulois qu’il est est demeuré pantois devant le front de bœuf de sa collègue.

Il est resté là à regarder son cadeau chocolaté, le cadeau que tout le monde avait reçu, en se disant soudainement qu’il n’avait peut-être effectivement pas le droit de le déguster. Tout ça parce que quelqu’un qu’il connaissait à peine avait insinué de manière cavalière qu’il devrait s’en passer vu son poids.

Sa confiance en lui a dit babye et il s’est senti inadéquat.

Inadéquat pour deux-trois tits-cocos de Pâques distribués par pure gentillesse à tout le monde.

Quand il m’a raconté cette anecdote, je n’avais plus devant moi le Hulk habituel : j’avais un petit garçon chagriné qui s’était senti jugé et rabroué à cause de sa shape. Un petit garçon intimidé qui n’avait pas trouvé les mots pour répondre à sa collègue de manger de la proverbiale colle et de se mêler de ses affaires.

Et ça m’a trituré l’esprit sur un méchant temps tout ça. La preuve, c’est que je vous raconte ça aujourd’hui alors que cette histoire s’est passée il y a longtemps déjà.

La grossophobie, c’est tellement vicieux.

C’est sournois.

Ça s’immisce partout, même au cœur des rocs les plus solides.

Mangez vos chocolats, gang.

Ne laissez pas les Suzanne de ce monde gruger vos insécurités.

Vivez.

Vivez juste.

CONSULTE LE GUIDE DE RÉFÉRENCES SUR LA GROSSOPHOBIE

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