5 mai 2026Représentation du corps

S’effacer

Par Maude Martinez

Je me nomme Maude Martinez. Je travaille comme nutritionniste spécialisée en troubles de conduites alimentaires... Lire la bio

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La première fois que j’ai lu que le culte de la minceur pouvait être utilisé comme outil de contrôle du corps d’un individu en période de récession économique et de climat social tendu, j’ai eu l’impression que quelqu’un me mettait le feu au derrière. Complètement outrée, j’ai poursuivi mes recherches. Ça fait plusieurs années de ça, et mon outrage ne s’est jamais estompé.

Je soumets ma mince contribution à la réflexion, pas en tant que professionnelle de la santé, mais surtout en tant que personne évoluant dans une société profondément grossophobe et trop souvent muette et paralysée devant l’iniquité, y compris l’iniquité vécue par les personnes issues de groupes marginalisés, en particulier les femmes.

Quand une personne, souvent une femme d’ailleurs, entreprend une forme de restriction alimentaire, c’est la majorité du temps dans le but de rapetisser son corps. Maintenant que les régimes ont mauvaise presse, cette recherche de minceur est cachée derrière une bonne couche de bien-paraître ou de déni : c’est pour ma santé, pour mon énergie, pour ci et pour ça. Mais soyons honnêtes : si la démarche n’était pas associée à la minceur, bien des personnes n’y consacreraient pas autant d’énergie.

Restreindre son alimentation semble anodin, mais cela exige de l’énergie, du temps et de l’argent. Or, combien d’entre nous ont déjà consacré ces ressources à essayer de s’effacer? Comment peut-on encore demander aux femmes en particulier d’en faire plus alors que leur travail est déjà peu reconnu dans la majorité des sphères de leur vie?

J’appelle maigrir « s’effacer », parce que cela revient à prendre moins d’espace, à parler moins fort, à se fondre dans le décor, à se fondre dans la masse. Autant de comportements qu’on exige depuis trop longtemps des personnes marginalisées. Difficile de ne pas y voir une profonde injustice.

Hélas, il n’existe pas encore de solution simple.

Cependant, au niveau individuel, une première étape pourrait être d’explorer le « pourquoi » : qu’est-ce qui motive réellement notre désir de perdre du poids? Cette réponse peut devenir un point de départ pour envisager d’autres façons de répondre à ces besoins. Outre la pression implicite de se fondre dans la masse, on peut ressentir le besoin de s’effacer pour répondre aux attentes, se sentir désirable, digne d’amour, ou même accéder à certains services.

Pour que les gens puissent se libérer de la pression de perdre du poids, comme société, nous nous devons d’améliorer notre inclusion d’une variété de corps, du milieu de travail au milieu médical.

Ne nous laissons pas effacer.

* Le terme «femme» inclut toujours dans ce texte toute personne s’y identifiant, peu importe le sexe à la naissance.

CONSULTE LE GUIDE DE RÉFÉRENCES SUR LA NEUTRALITÉ CORPORELLE

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