17 févr. 2026Diversité corporelle

Mêlez-vous de vos affaires

Par Hani Ferland

Hani Ferland est la poule pondeuse de nos p’tits statuts sur les réseaux sociaux. C’est... Lire la bio

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J’étais encore en train de perdre ma vie à regarder des vidéos courtes sur Instagram. 

Je chiale souvent contre moi-même de faire ça au lieu de faire comme quand j’avais une vie sans téléphone de greffé à la main, mais en même temps, j’y trouve parfois de l’inspiration pour vous jaser de ce que je vois. Ça me déculpabilise.

C’est arrivé cette fois-là.

D’être inspirée et déculpabilisée.

Je ne me souviens malheureusement pas du nom de la demoiselle qui m’est passée sous les yeux vu que les algorithmes nous montrent principalement des suggestions sponsorisées au lieu de nous montrer ce qu’on veut vraiment voir et les comptes qu’on suit vraiment, mais je me rappelle que c’était une gaillarde pulpeuse française et qu’elle avait l’air à boute sur un temps. (Pro tips : si tu aimes la suggestion de l’algorithme, ne like pas la page sous peine de ne plus jamais la revoir. Par contre, si tu ne l’aimes pas vraiment, like-la : tu la reverras pu JAMA.)

Donc elle, son métier, c’est chineuse professionnelle (crime que ça a été facile pour le cerveau de lire chialeuse professionnelle vu que c’est une Française pis que les mots se ressemblent, han? Lololol JOKE). Au Québec, on dirait de quoi comme ramasseuse de gogosses qui ont un potentiel de revente ou de quoi de même.

On est plusieurs je pense à rêver de faire ce métier à temps plein (ENTSUCAS MOI) qui consiste à faire le tour des marchés aux puces, des grosses vidanges, des friperies, des comptoirs familiaux, bref des places où se trouvent les affaires seconde main, afin de garnir son propre stock de patentes usagées qui seront vendues ensuite à une clientèle avide de nos trouvailles.

Certaines personnes se spécialisent par exemple dans la revente de jouets rétro, d’autres dans les objets de décoration vintage ou encore dans le renippage de vieux meubles et elles peuvent très bien gagner leur vie. Elle, c’était dans les vêtements et les accessoires qu’elle trouvait son gagne-pain.

Alors que sa job consiste à glaner ici et là au gré des affaires à vendre, il arrive souvent que les gens derrière les comptoirs lui sortent des commentaires de type : «Ah, mais mademoiselle! Ce vêtement ne vous fera pas!» quand elle trouve un morceau intéressant, comme si elle n’était pas déjà au fait de sa taille.

J’imagine que ces gens-là sont toujours pleins d’empathie (non) en concluant d’emblée qu’elle magasine pour elle quand ils se précipitent pour lui faire remarquer qu’elle se trompe, que son corps n’entrera pas dans le vêtement convoité, de ne pas dépenser inutilement parce que BAH NON MADEMOISELLE, VOUS ALLEZ FAIRE PÉTER LES COUTURES DE CET ENSEMBLE CHANEL ROUGE BRIQUE DE 1962 RHOLALA, mais une chose est sûre : la remarque faisait chier à chaque fois.

Ben oui elle le sait que son corps est gros. Ben oui elle le sait que le vêtement ne lui fera pas.

Bon, une fois par an, ça peut passer (mais encore) : rendu à 203 fois par contre, ça commence vraiment à taper sur le chou-fleur comme remarque.

Alors bon voilà, sa vidéo servait à passer le message qu’elle en avait son truck de se faire dire ça. Et c’est pas avec des gants blancs qu’elle invitait les gens à se mêler de leurs affaires.

Et mon doux que je la feelais profondément.

Svp, taisez-vous. Faites juste nous vendre vos guenilles. Vous n’avez même pas besoin de sourire (mais ce serait VRAIMENT le fun pareil là), juste à faire la transaction.

Ça m’a rappelé cette fois où j’avais vu une robe formidable dans un magasin seconde main et que je me demandais intérieurement si j’étais capable de la transformer d’une quelconque manière afin qu’elle me fasse un look d’enfer. J’étais en train d’évaluer ce que je pouvais faire comme retouches quand l’ami qui m’accompagnait avait dit : «Je ne pense pas que cette robe te fasse…»

YOU DON’T SAY CÂLISSE.

Je l’avais remise sur le rack.

J’y repense encore : c’était une christie de belle robe.

Mais cette journée-là, j’avais pas envie qu’on parle de mon size. J’avais pas envie qu’on me RAPPELLE mon size. Je n’avais plus envie de transformer ce morceau et que ça me rappelle cette remarque, cette personne, et ce, chaque fois que je l’aurais porté. Cette robe aurait juste été teintée d’un souvenir plate au lieu de me donner envie d’être suave dans une soirée jazz en fumant d’un porte-cigarette, étendue sur un piano à queue. C’est dommage parce que c’est VRAIMENT mon genre d’activité pis que je sais jamais quoi mettre dans ces veillées-là.

C’est donc avec toute mon âme que je joins ma voix à cette fille qui se fait rappeler chaque jour que son corps n’entre pas dans le linge qu’elle magasine : gens, mêlez-vous de vos affaires pis PRENEZ JUSTE NOTRE CASH.

Je pense même qu’avec ce simple geste courtois et purement transactionnel, on serait su’l bord de ramener la paix dans le monde.

NamaSTI (mains jointes de prière)!

CONSULTE LE GUIDE DE RÉFÉRENCES SUR LA GROSSOPHOBIE

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