1 juin 2026Relation au corps

Le jeu des comparaisons

Par Hani Ferland

Hani Ferland est la poule pondeuse de nos p’tits statuts sur les réseaux sociaux. C’est... Lire la bio

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Tu commences à me connaître, je pense : je suis la première à marteler le message de ne pas se comparer aux autres. Jamais.

Mon ange, je passe d’ailleurs ma vie à étendre cette beauté de messages sur les brûlures (oui, ce sont les paroles d’une toune. Moi, des phrases qui parlent d’étendre de la beauté sur des brûlures comme si c’était du Polysporin, ça me fera toujours soupirer d’aise. Je m’excuse lolol).

Sauf que la vérité, c’est que c’est ben plus facile à dire qu’à faire, ne pas se comparer. Heille, plot twist (en français : vulve tordue) : je suis pas plus fine qu’une autre. Bien sûr que le jeu des comparaisons, j’y joue aussi, même si j’ai jamais envie de jouer à ça (ni à aucun maudit jeu de société, d’ailleurs).

Alors que mon Instagram est peuplé de gensses aux corps diversifiés à l’infini, il arrive parfois qu’il me passe sous les yeux des influenceuses* taille plus qui, soudainement, ne fittent plus du tout dans cette catégorie. Pis que là, je me ramasse dans tous mes états, comme si je venais de me faire gunner au ballon-chasseur, mais par quelqu’un de ma propre équipe.

Qu’est-ce qui se passe quand les personnes militantes grosses deviennent des personnes militantes moyennes (voire petites) de taille? Il se passe que je me mets, MOI, à me sentir pouiche de ne pas réussir à perdre du poids (ben oui, vulve tordue bis : tout le monde vit cette maudite pression-là, même si on vit généralement plutôt bien avec notre charpente. Développement plus loin!). Il se passe surtout que c’est comme si je me sentais trahie.

C’EST-TU PAS GNAISEUX.

Après, faut que je me parle pour me dire que HEILLE, la personne peut ben faire ce qu’elle veut avec son bodé. Elle ne doit absolument rien à personne. Pis si ça se trouve, cette personne ne visait même pas la perte de poids : cette nouvelle apparence est peut-être due à un problème de santé physique ou mentale, ou les deux. Pis peu importe, c’est pas de mes maudites affaires.

À quel point c’est égoïste de ma part de vouloir, en quelque sorte, que cette personne demeure dans le spectre des tailles plus afin de continuer à propager ce si important message d’acceptation de soi, celui qui fait si souvent du bien à l’âme dans une société toujours un peu plus cruelle envers les corps gros?

Peut-on vivre de la déception quand une personne militante perd du poids? A-t-on le droit de se sentir ébranlé par la situation si cette personne était un modèle d’acceptation corporelle, faisait du bien à voir aller et propageait un message positif à ses semblables qui en arrachent? (Oui, peut-être. On est des êtres humains après tout.)

Je suis sûrement pas la première à soulever la question.

Doit-on envier et se comparer à une personne militante qui a perdu du poids? Est-ce que les messages d’acceptation du corps envoyés jadis par cette personne deviennent moins crédibles quand survient une perte de poids? Est-ce que ses messages d’acceptation corporelle étaient sincères? Est-ce que j’ai le droit de prendre cette personne pour une Judas des temps modernes et d’avoir cru en son message, alors que son apparence entre maintenant dans la catégorie du socialement acceptable, comme si son message militant de jadis n’était qu’un leurre?

Comprends-moi bien : je vais toujours militer pour une pluralisation des modèles de corps. Parce que crime que c’est pas normal de vouloir tout le monde pareil, surtout selon des standards sociétaires débiles. Non seulement c’est pas normal, mais c’est impossible. Mais la société est tellement dégueulasse avec les personnes grosses que je connais personne qui est SUPER HEUREUX d’avoir la morphologie qu’on n’attend pas d’un corps, et ce, même si la personne est vraiment bien avec son apparence. Pas parce qu’elle se trouve moche : parce que la société, tout simplement.

C’est difficile de porter des œillères constamment pour conserver une certaine paix d’esprit : les messages grossophobes, on les reçoit anyway, même si on en a fait fi, même si on s’aime. Ça pourrit la vie sur un solide temps, peu importe notre force de caractère.

Pour ça, je vais toujours comprendre une personne taille plus de vouloir rapetisser, parce que c’est le message qu’on se fait garrocher par la yeule 24 h sur 24 quand on a un corps gros. À quel point on est fatigué, à un moment donné, de devoir s’excuser de juste exister? À quel point les personnes grosses sont stigmatisées de juste vivre leur p’tite vie? À quel point plusieurs d’entre elles se font constamment violence pour arriver à rentrer dans le moule, pour qu’enfin on leur sacre patience?

Alors, quand une personne militante grosse perd du poids, je pense qu’il est normal, pour les personnes à la charpente semblable, de se sentir personnellement déçues, envieuses, désillusionnées ou abandonnées.

Mais la personne militante, elle, elle ne doit absolument rien à personne.

L’important, c’est, je pense, que son message demeure pertinent, peu importe dans quelle forme de corps il a été porté.

Namastie (paix asti)

CONSULTE LE GUIDE DE RÉFÉRENCES SUR LA NEUTRALITÉ CORPORELLE

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