24 déc. 2025Tranche de vie

La beauté intérieure

Par Hani Ferland

Hani Ferland est la poule pondeuse de nos p’tits statuts sur les réseaux sociaux. C’est... Lire la bio

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Du haut de tes seize ans, tu m’as demandé : «Comment ça se déroule un examen gynécologique? Ça fait tsu mal? Je suis tsu obligée de vivre ça? C’est tsu gênant?». T’as demandé ça tout d’une traite en me regardant pas, probablement traversée par un petit frisson de timidité… et une volonté de savoir.

J’ai été touchée par ta confiance. Tes questions étaient super pertinentes et j’aurais aimé jadis avoir le guts de les demander à quelqu’un au fait de la patente.

Je ne suis évidemment pas une pro des examens de l’écureuil, mais étant une femme et une mère dans la quarantaine, c’est le genre d’expérience que j’ai vécue maintes fois dans ma vie. C’est donc à partir de mon vécu personnel que je t’ai raconté de quoi qui ressemblait à ça :

– Note à toi qui me lis : Je t’invite à suivre Michelle Houde, médecin colorée (@lamdcoloree) sur Instagram. Cette médecin en santé publique et vulgarisatrice médicale est une véritable mine d’or sur les questions de ce type. Je t’encourage à regarder la vidéo Partie 73 dans laquelle elle simule et explique merveilleusement bien chaque étape d’un pap test. D’ailleurs, n’hésite jamais à poser tes questions à un professionnel ou une professionnelle de la santé siouplait. Dans ce texte, je te raconte une expérience personnelle en lien avec l’image corporelle, mais je ne maîtrise pas la science infuse en matière de gynécologie! –

D’emblée, j’te le cacherai pas : c’est probablement l’un des examens de routine les moins agréables qui existe. Je connais encore aucune femme qui trippe à le subir. On le tolère, parce qu’il le faut bien. Parce que la santé, c’est important. La santé de tout le corps. Tes parties génitales et ton système reproducteur font partie de ton corps et c’est important de t’assurer que tout est en ordre!

J’ai souvenir d’un épisode des Héritiers Duval (t’es trop jeune pour savoir de quoi je parle) dans lequel le personnage de Francine revenait d’un examen gynécologique en pleurant parce qu’elle avait haï ça pis que ça lui avait fait mal. Le visage plein de larmes, elle se demandait pourquoi les femmes devaient subir ce genre d’expérience. J’avais quelque chose comme 13 ans quand j’ai vu cette émission et j’ai immédiatement développé une trouille NOUÈRE de devoir vivre ça à mon tour un jour.

Mais je te rassure : bien que l’examen soit effectivement intrusif, il ne fait habituellement pas mal (à moins que tu aies une condition particulière au niveau de ton vagin ou de ton utérus). C’est inconfortable, mais indolore. C’est plus un genre de « Crime que je ferais autre chose aujourd’hui, me semble!» qu’un genre de «Oh mon doux que ça fait mal que le cibole pis que je braillerais dans les bras de ma BFF!».

Dis-toi que tes règles sont probablement plus douloureuses que cet examen. Et qu’il ne dure que quelques minutes, contrairement à un maudit mal de ventre de menstrues qui peut te handicaper sur plusieurs jours (JE SAIS DE QUOI JE PARLE… TU SAIS AUSSI DE QUOI JE PARLE).

La gêne est un autre facteur qui rend le moment stressant.

Devoir se dévêtir devant autrui (même devant un ou une spécialiste de la santé) peut être malaisant au possible, particulièrement quand on a des enjeux d’image corporelle. Surtout qu’on va se le dire, ça ne se déroule pas dans un environnement fleur bleue avec des lumières tamisées et des tites chandelles cutes. Je tiens quand même à te dire que dans la clinique de planning où j’ai eu des suivis de grossesse, l’environnement lumineux était agréable et beaucoup moins criard que dans les salles habituelles éclairées par des néons agressants. Peut-être que tu seras chanceuse comme moi, mais sois au fait que ta consultation se déroulera probablement dans un environnement vraiment très éclairé.

Revenons à cette gêne d’enlevage de linge. Je te rassure : la personne responsable de ton examen ne te regardera pas te dévêtir. Tu pourras garder ton intimité en fermant le tit rideau pour enfiler la tite jaquette bleue avec classe. Parfois, il y a même une tite salle dédiée à ça. Pour un examen gynéco, on va probablement te demander d’enlever seulement le bas et de ne couvrir que ton bas-ventre avec la jaquette devenue douce grâce à une flopée de lavages.

Le réel défi, c’est d’escalader la table d’examen que ça fait scrouche scrouche quand tu t’installes à cause de l’espèce de papier parchemin qui la recouvre. Le défi est d’autant plus drôle quand t’as pas de culottes, mais encore une fois, personne ne te regardera faire de l’escalade, flambette du bas.

Plusieurs questions vont probablement popper très fort dans ta tête lorsque tu diras «OK, je suis prête!». «Qu’est-ce que le médecin va penser de l’allure de ma vulve? Est-tu normale, ma vulve? Est-tu belle, ma vulve? Est-ce que j’ai trop de poils? J’aurais-tu dû me raser? Est-ce que mon poids sera un frein à l’examen? Est-ce que je peux caller malade et sacrer mon camp?»

Je te rassure : la personne qui t’examine s’en sacre ben de l’allure esthétique de ta vulve (sauf s’il y a quelque chose au niveau MÉDICAL qui l’oblige à investiguer là-dessus). Mais sinon, c’est assurément le dernier de ses soucis!

Une flopée de pêches de toutes les formes et de toutes les tailles ont défilé devant ses yeux au cours de sa carrière. Que ton petit tamia soit rasé ou non, elle s’en ciboulote aussi. Son objectif, c’est de vérifier ta santé, pas tes techniques d’épilation, de rasage ou de taillage de poils.

Pour les personnes grosses qui se poseraient la question : je n’ai personnellement jamais vécu de problème lors d’un check-up de ce type malgré mon poids au-dessus de la moyenne. On ne m’a jamais fait de remarque à ce propos pendant l’examen non plus. Mais peut-être suis-je, encore une fois, extrêmement chanceuse.

On arrive à la pire partie de l’examen : devoir s’approcher du bout de la table pour mettre les pieds dans les étriers. Et j’te le dis, c’est ça le PIRE BOUTTE! Tu penses que t’es correcte, MAIS NON. Faut que tu t’approches plus. Encore un peu plus. Encore un peu plus. ENCORE PLUS SIVOUPLAIT. Et là, quand tu as l’impression que tu vas sacrer le camp en bas de la table, ben t’es correcte! Donc approche-toi sans peur!

Une fois que tu seras sur le bord absolu du bout de la table et que tes pieds seront enfin bien posés dans les étriers, l’examen pourra officiellement commencer. On te demandera de laisser tomber tes cuisses de chaque côté de ton corps comme si t’étais un papillon de la gambette. Tu te sentiras probablement dans le plus grand état de vulnérabilité de ta vie, mais fais confiance au processus. La personne devant toi a des années d’études derrière le sarrau : tu peux lui faire confiance. Elle est là pour faire son travail pis aujourd’hui, ça s’adonne que son travail, c’est de regarder ta beauté intérieure.

Suivra l’insertion du spéculum lubrifié que tu trouveras peut-être un peu froid, puis, la cueillette des échantillons par frottis, le tâtage du col et peut-être aussi, l’insertion des doigts combinée à un palpage du ventre. Ce sera désagréable, sans plus.

Personnellement, pendant ce bout de l’examen, je compte les tuiles au plafond ou je fixe un point précis. Les posters médicaux affichés au mur offrent aussi une belle diversion de pensées («Ah ben crime, mon œsophage est vraiment très long si je me fie à cette image»).

La consultation se terminera par l’offrande d’un mouchoir ou d’une débarbouillette pour que tu puisses essuyer le lubrifiant qui a servi à l’insertion du spéculum. Il est possible que tu remarques quelques traces de sang sur le tissu : ne panique pas! C’est ton col qui dit quelque chose comme : «Hey, vous gossez donc ben aujourd’hui, gossez-moi pu SVP.»

La personne responsable de ton examen t’aura probablement expliqué chaque étape pour te mettre au fait de ses actions (si c’est pas le cas, ne te gêne pas pour demander!). Personnellement, toutes les personnes qui m’ont fait ce genre d’examen ont été super respectueuses, douces, rassurantes et pleines d’explications sur ce qu’elles étaient en train de faire.

Ensuite, c’est la fermeture du rideau pour que tu te rhabilles dans l’intimité pendant que les échantillons recueillis sont préparés pour leur envoi en laboratoire.

Dis-toi que cet examen, bien qu’un peu gênant, permet d’évaluer plein de choses SUPER importantes sur ta santé. Il est nécessaire, malgré ta gêne, malgré ton inconfort et malgré tes insatisfactions corporelles.

Ce qu’il faut retenir, c’est que la personne qui procède à ton examen se fout royalement de ce que t’as l’air, OK? Je te promets que c’est pour ton bien et qu’elle veut juste faire son travail sans porter de jugement sur ta beauté extérieure NI sur ta beauté intérieure.

You go gurl xx

 

P. S. : Je réitère que je parle ici de mon expérience personnelle. Chaque femme a sa propre histoire et ses propres expériences. L’important, c’est que tu demeures attentive à ce qui se passe et que tu t’exprimes si tu vis des choses désagréables pendant l’examen. Écoute ta petite voix. Pose des questions si tu en ressens le besoin. Ça aussi, c’est important.

Et de grâce, arrête de te préoccuper de l’allure de ton corps nu devant la personne responsable de ton examen gynécologique!

Promis qu’elle en a vu d’autres. xx

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