11 août 2026Relation au corps

Je vis ta phobie

Par Hani Ferland

Hani Ferland est la poule pondeuse de nos p’tits statuts sur les réseaux sociaux. C’est... Lire la bio

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53 % des Québécois et Québécoises vivent de l’inquiétude à l’idée d’être ou de devenir gros ou grosses.

Ouin. 53 %!

C’est vrai que c’est épeurant pareil, être ou devenir gros.

Je pourrais pas vraiment te dire précisément pourquoi la société a décidé un moment donné que ce l’était parzempe. Quand on y pense, des corps différents, y’en a plein depuis toujours. C’est ce qui fait que l’humain est humain.

Y’a des grands, des gros, des maigres, des petits, des dodus, des minces, des poilus, des élancés, des incomplets, personne décide vraiment anyway dans quelle catégorie il, elle ou iel se retrouvera vu que c’est la loto de la vie. Personnellement, je trouve ça ben correct toute cette variété esthétique. Pourquoi faudrait tous être faits pareils au juste?

L’affaire c’est qu’on dirait qu’à peu près toute passe au conseil sociétaire, SAUF être gros. Ça, être gros, c’est WOUPELAÏLLE NOT ON OUR WATCH. Ça, c’est pire que toute. Ça, c’est NON. C’est tellement non qu’on a même inventé le terme grossophobie pour ça.

Peut-être parce qu’on a décidé pour tout le monde qu’on trouvait ça laid?

Pourquoi plus ça qu’un autre modèle de corps? Parce que ça aurait l’air d’aller contre la morale de la santé? Pourtant, les études montrent qu’on ne peut pas se fier au poids seul pour définir l’état de santé d’une personne.

Que c’est épeurant parce qu’on pense que c’est souffrant? Souffrant de quoi? De pas pouvoir attacher sa ceinture en avion? Demande une rallonge pis c’est réglé.

Parce que le regard des autres est grugeant sur le moral? OK ça, je peux comprendre. Qu’on a peur d’être pointé du doigt? OK, ça je peux aussi le comprendre. Ça se peut.

Donc, finalement tout ça, c’est toujours relié à une peur du jugement?

Là où je veux en venir avec ce long préambule, c’est que moi (moi, moi, moi) : ben je suis grosse.

Je suis ta phobie.

Je vis ta phobie.

Comment va ma vie avec ta phobie?

Ben c’est pas si pire pour vrai. Si je me bouche les oreilles et que je mets de l’acide dans mes yeux, je ne suis pas au fait des commentaires sur les réseaux sociaux qui m’invitent à disparaître de la planète vu mon apparence. Parce que c’est principalement là que le plus hardcore se joue.

Parce que dans la vie réelle, je vis ma petite vie tranquille.

Je pense être une personne épanouie. En fait, je pense pas l’être : je suis PERSUADÉE d’être une personne épanouie. 

Je pense avoir une personnalité attachante et surtout une envie de m’émanciper sans me soucier réellement du regard des autres.

J’ai la santé, six chats, un amoureux merveilleux qui me dit tous les jours qu’il m’aime et qu’il me trouve belle (au moins sept fois par jour, mais ce que je préfère, c’est quand il me trouve drôle et intelligente parzempe), deux jobs que j’adore, une famille unie, drôle et présente, des passe-temps trippants, un entourage précieux.

La fin de semaine, je fais mon marché comme tout le monde.

Je vais nager trois fois par semaine pour ressentir le p’tit buzz d’endorphines, calmer mon cerveau hyperactif et dénouer mes muscles.

Je danse dans ma cuisine en préparant le souper, j’écoute des podcasts, je découvre des bands, je vais marcher quand il fait noir pour pouvoir sneaker dans les maisons victoriennes de mon quartier.

Je brode, je repeinture mon appartement sur des coups de tête.

Je noie mes plantes.

Je vais en racheter d’autres.

Je vide incessamment des litières.

Je passe la balayeuse tout le temps.

Je ris les trois quarts de ma vie.

Des affaires de même.

Être une personne grosse, c’est pas dramatique, enfin, pas pour moi. C’est un qualificatif, pas l’entièreté de ma personne. C’est juste un fait.

«Bonjour, je m’appelle Hani et je suis grosse.» 

«Bonjour Hani.» 

«Je n’ai rien à signaler.» 

«Merci de ton partage, Hani.» 

Si j’étais mince, qu’est-ce qui changerait dans ma vie?

Absolument rien, sinon que je me ruinerais au Simons au lieu de me ruiner chez Torrid pour du linge. J’encouragerais l’économie locale au lieu d’encourager les entreprises étatsuniennes ou le Satan qu’est Shein qui offre MALHEUREUSEMENT des tailles inclusives avec des modèles qui me plaisent à des prix qui se peuvent (câlissesti). Apportez-moi des entreprises québécoises et des friperies plus size qui me parlent et qui vident pas tout mon petit cochon et je cocherai présente.

C’est pas mal ça.

Oh mon doux, mais peut-être qu’il faudrait que je m’haïsse? C’est tsu ça que je dois comprendre? Mais pourquoi je devrais faire ça? Pour que le monde fâché soit satisfait que je m’aime pas vu ma shape?

C’est niaiseux.

J’ai d’autres choses à faire que de m’haïr pour faire plaisir au monde.

Je suis grosse.
Je suis ta phobie. 
Et pourtant je suis heureuse.

Vivre, c’est aussi miser sur sa personnalité au complet, pas juste sur son apparence.

Vivre, c’est aussi parfois une question d’attitude dans un monde hostile.

Vivre, c’est aussi (surtout) passer par-dessus l’opinion des autres.

Vivez, osti, vivez!

Pis les autres : laissez vivre, osti, laissez vivre!

xx

CONSULTE LE GUIDE DE RÉFÉRENCES SUR LA GROSSOPHOBIE

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